Notes et rapports

L’offre de formation de la licence de sociologie : un exemple de formation par séquences temporelles avec une personnalisation des parcours – Rapport de recherche de l’Open Lab In’Pact Retours d’étudiants en première année de licence de sociologie sur la structuration de leur formation

L’Open Lab In’Pact de l’université de Bordeaux poursuit son enquête sur la refonte de la licence de sociologie auprès des étudiants de licence 1. Après un premier article sur la semaine d’intégration et un deuxième sur la direction des études, ce troisième article vient enquêter sur la manière dont les étudiants vivent l’organisation inédite de leur formation : un séquençage temporel resserré, un large éventail de cours au choix et un rythme d’évaluations qui rompt avec les codes universitaires traditionnels. Pensé pour offrir davantage d’autonomie et de personnalisation, ce modèle bouscule les repères habituels. À travers les voix des étudiants, ce rapport analyse ce que produit cette innovation pédagogique sur leur entrée dans la discipline.

Introduction

Contexte général de l’enquête

Depuis septembre 2022, la licence de sociologie de l’université de Bordeaux a été entièrement refondée, à la suite de plusieurs constats formulés par l’équipe enseignante et des retours des étudiants en conseils de perfectionnement. Cette nouvelle organisation repose sur un découpage temporel des enseignements en séquences associées aux Blocs de Connaissances et de Compétences (BCC), l’instauration de nouveaux rôles pédagogiques (comme celui de directeur d’études), la mise en place d’une semaine d’intégration pour accueillir les nouveaux étudiants chaque année, ainsi que la proposition d’un large éventail d’enseignements au choix permettant aux étudiants de personnaliser leur parcours.

Sollicité par l’équipe de sociologie, l’Open Lab In’Pact de l’université de Bordeaux a réalisé une enquête qualitative visant à étudier cette refonte, durant ses premières années de mise en œuvre. Pour cela, nous avons, dans un premier temps, étudié les traces documentaires du projet et réalisé un entretien collectif avec les quatre enseignants les plus impliqués dans cette refonte. Dans un deuxième temps, nous avons observé la semaine d’intégration de septembre 2023. Enfin, sept mois plus tard, nous avons réalisé des entretiens semi-directifs avec 16 étudiants de la promotion de L1 2023-2024, pour échanger sur leur arrivée à l’université et leur intégration dans cette licence de sociologie. Au cours de ces entretiens, nous avons discuté à la fois de leur environnement d’études, de leur parcours de formation et de leur manière d’apprendre à l’université.

Au fil des entretiens, nous avons parfois été amenés à fournir quelques informations sur les dispositifs mis en place dans la formation, lorsque les étudiants n’en avaient pas connaissance, afin de recueillir leurs réflexions sur ces derniers. C’est le cas par exemple du rôle des directeurs d’études, souvent méconnu. Une partie de leurs réactions à ces nouveaux éléments est consignée dans ce rapport.

Nous nous intéresserons ici spécifiquement au rythme des enseignements, organisés par séquençage temporel, permettant notamment une grande personnalisation des parcours étudiants1.

Point sur le séquençage temporel

En arrivant à l’université, les lycéens découvrent un nouveau système avec une organisation de la formation qui diffère de ce qu’ils connaissaient au lycée. En licence de sociologie à l’université de Bordeaux, au-delà de s’adapter à ces nouvelles règles, les étudiants suivent un rythme particulier et réalisent un certain nombre de choix d’enseignements dès le début de l’année.

Dans l’objectif d’une meilleure cohérence entre les enseignements et d’une meilleure appropriation par les étudiants de la signification pédagogique des BCC, la refonte de la licence de sociologie propose de repenser les rythmes d’enseignement en mettant en place ce que l’équipe de sociologie a nommé un « séquençage temporel ». Ici, chaque semestre est découpé en trois périodes distinctes, chacune dédiée à un ou deux BCC en particulier. Chaque enseignement est condensé sur une seule de ces périodes de trois ou six semaines.

Ainsi, les trois premières semaines de cours sont exclusivement centrées sur des enseignements de méthodologie de recherche, puis, durant les trois semaines suivantes, les étudiants suivent des cours de sociologie fondamentale. Ces six premières semaines de cours sont communes à l’ensemble des étudiants de la promotion de licence 1 (L1). Ensuite, les six dernières semaines du semestre sont consacrées aux enseignements choisis par les étudiants en début de semestre. Cela regroupe les UE de personnalisation, les UE d’ouverture et l’UE Regards sociologiques, faisant partie du socle de l’offre de formation. Cette UE Regards sociologiques est dispensée tout au long de la licence et elle propose une vingtaine d’enseignements sur des thématiques sociologiques différentes. Chaque semestre, les étudiants doivent sélectionner un cours thématique à suivre (ou deux en fonction des semestres), ces enseignements rassemblent des étudiants issus de différentes années de la licence.

En résumé, à chaque semestre de la licence, le même schéma de séquences se répète : trois semaines d’enseignement autour des méthodologies en sciences humaines et sociales, trois semaines pour traiter des concepts de sociologie fondamentale et, enfin, six semaines qui regroupent les cours choisis par les étudiants pour personnaliser leur parcours.

Dans ce rapport, nous étudierons les effets de ces modalités innovantes de l’offre de formation sur l’expérience universitaire des étudiants entrant en première année de licence.

1. Le rythme universitaire, atypique en licence de sociologie à l’université de Bordeaux

1.1. Le rythme de l’université : un modèle qui diffère du lycée

De manière générale, en arrivant à l’université, le lycéen doit s’adapter à un nouveau modèle d’études, différent de ce qu’il connaissait au lycée, comme en témoignent nos enquêtés : « C'est un nouveau système, enfin ce n'est pas du tout pareil. » (E1) « Il y a quand même beaucoup de choses qui changent, tout change même. » (E3) Une autre enquête menée par l’Open Lab s’est intéressée à cette transition, l’identifiant comme une rupture multidimensionnelle (pédagogique, logistique, méthodologique, sociale, épistémique, voire culturelle)2.

D’après nos enquêtés, cette transformation se manifeste d'abord par une plus grande autonomie demandée : « Au lycée on est quand même un minimum accompagné, suivi[...] du moins par rapport à l’université. » (E1) Elle se traduit également par un nouveau rythme, moins régulier :

Au lycée, même si on avait beaucoup de cours dans la journée, […] on avait à peu près toujours cours à la même heure, ça permettait au corps d’avoir un cycle, il y avait un rythme, […] là, il y a un jour où on va commencer à 8h30, le lendemain à 13h. (E1)

Pour certains étudiants, cela rend leur organisation personnelle plus complexe : « Des fois, pendant deux jours, je n'ai pas cours […] donc pour s'organiser soi-même, c'est plus compliqué, je trouve, qu'au lycée. » (E14) « C'est difficile de créer un rythme et de s'y adapter. » (E15)

Également, l’arrivée, ici en licence de sociologie, implique une réduction du volume horaire d'enseignement, qui s’accompagne d’une augmentation du travail en autonomie. Ce changement crée un sentiment ambivalent chez les étudiants :

Ce qui est bien en sociologie, avec la licence qu’on a, mais ce que je lui reproche en même temps, c'est qu’on a très peu de cours. (E13)

Même si inconsciemment j'aurais aimé avoir plus de cours, le fait qu'on ait du temps libre, c'est ce qui aide pour pouvoir s'y prendre au fur et à mesure. Parce que c'est vrai qu’au lycée, en une journée on faisait 8h-17h et on avait en plus des devoirs. (E1)

Cette réduction du temps de cours peut conduire à une plus grande liberté, d’après nos enquêtés : « Moi franchement ça me va très très bien. J'aime bien le fait que je sois libre de travailler quand je veux. » (E2) « Je parlais à mon père, je lui disais qu'au lycée j'étais aliénée, parce qu'on faisait 7 heures de cours chaque jour. » (E12) Cela peut également leur permettre d’avoir plus facilement une vie sociale en dehors de l’université, jugée bénéfique, par certains, pour leur bien-être et leurs apprentissages :

Ça nous laisse aussi le temps de s'organiser, d'avoir une vie sociale à côté. Et je trouve que la vie sociale, le fait de pouvoir souffler, des fois ça aide aussi dans l'apprentissage des cours et dans le fait de se sentir mieux à l'université. (E1)

En licence de sociologie à l’université de Bordeaux, ce rythme universitaire présente des spécificités : au-delà d’être confronté au modèle universitaire général, l’étudiant de sociologie découvre une nouvelle organisation temporelle des enseignements.

1.2. Une organisation temporelle des enseignements par séquences thématiques liées aux BCC

La licence de sociologie propose un modèle de formation organisé en séquences temporelles, où chaque enseignement suivi par les étudiants est condensé sur quelques semaines seulement. Les enseignements sont organisés en séquences de trois ou six semaines, en fonction du BCC auquel ils sont rattachés. Ainsi, au cours d’un semestre, les étudiants ont trois emplois du temps différents, en fonction de la séquence.

Un modèle qui satisfait globalement une majorité

Dans la majorité des entretiens, les étudiants apparaissent satisfaits de cette organisation temporelle : « Je trouve ça génial comme invention ! » (E14)

Ce qui revient le plus parmi les avantages cités est l’idée que cela leur permet de se focaliser sur un cours en particulier, sans être perdus dans un ensemble qui peut paraître plus abstrait, en raison de la quantité et la variété des notions étudiées : « On n'était pas mélangés dans les matières, je trouvais ça plus simple que de tout avoir d'un coup. » (E4) « Ça nous permet de voir plus de choses et de se concentrer vraiment sur quelque chose en particulier. » (E9) « C'est super parce que pendant trois semaines, on est vraiment là-dessus et puis t'as pas le temps d'oublier d'une semaine à l'autre. » (E3) « Moi, j'aime bien ce truc de : tu fais cette tâche, après tu fais une autre, après tu fais une autre. » (E2)

Pour autant, des éléments d’insatisfaction persistent : « Ça a des avantages et des inconvénients. » (E14) Nos enquêtés nous ont parlé d’éléments qui leur posent des difficultés dans cette formule, que nous allons maintenant aborder. Ces points sont évoqués dans leurs discours comme des besoins d’amélioration et non comme des éléments rédhibitoires à ce modèle.

Une charge de travail inégale entre les différentes séquences

D’après nos enquêtés, la charge de travail demandée dans chacune des séquences n’est pas homogène au fil de l’année et certaines périodes sont plus intenses que d’autres. Les séquences communes à toute la promotion (les six premières semaines du semestre) sont vues comme plus intenses que les six semaines de cours à choix :

Là on est sur une période super cool [séquence de cours à choix sur les six dernières semaines du semestre3]. Je dois avoir 15 heures de cours dans la semaine. Ouais, là c'est très cool. Alors qu’à la rentrée de Noël, c'était très intense. (E3)

Les UE [séquence de cours à choix sur les six dernières semaines du semestre4], je les trouve moins chargées que les cours magistraux [tronc commun sur les six premières semaines du semestre]. (E4)

Pour certains, ce changement répété de rythme accentue la difficulté à se créer des habitudes de travail tout au long de l’année : « C'est compliqué au niveau du rythme, le rythme change souvent, on n'a pas les mêmes horaires, c'est un petit peu compliqué. » (E15)

Des difficultés à se projeter sur l’ensemble de l’année

Face à ces changements de séquences toutes les trois ou six semaines, les étudiants témoignent de leurs difficultés à se projeter au-delà de quelques semaines. Cela pose notamment des difficultés pour avoir un job étudiant tout au long de l’année : « Je ne peux pas m'engager [dans un job étudiant] sur la durée, parce que mes horaires changent et eux, ils veulent quelque chose sur le long terme. » (E3) « J'en avais un [travail], mais j'ai dû arrêter. » (E14) Ils rapportent également la difficulté à organiser des événements personnels face à ces séquences courtes : « Et puis c'est compliqué aussi de prévoir des week-ends ou des éléments personnels, parce que tu ne sais pas si tu vas finir le jeudi, le vendredi, si tu as cours toute la journée le vendredi ou machin, trois semaines à l'avance. » (E3)

Cette difficulté est également due au fait que les emplois du temps ne sont diffusés qu’à la fin de la période précédente. Les étudiants n’ont donc pas une visibilité sur l’année ou sur le semestre, mais seulement sur la séquence en cours : « C’est compliqué si on veut trouver un travail à côté. Parce qu’on n’a pas les horaires à l’avance, on ne sait pas notre prochain emploi du temps. » (E15) Ce point de vigilance avait été relevé par les enseignants durant notre entretien avec eux : « Ce qui pose souci pour eux, c'est que l'emploi du temps change sans arrêt et qu'ils n’ont pas de vision [sur l’année]. Et pour ceux qui ont un job à côté, qui sont nombreux quand même chez nous en socio, c’était compliqué pour eux. » (P2) Les enseignants, conscients du problème, nous ont fait part de leur volonté d’améliorer ce point dans les années à venir. Cela apparaît comme l’un des principaux obstacles à cette refonte dans les documents bilans de l’équipe du projet5.

Des difficultés à faire du lien

Également, certains étudiants nous ont confié que ces changements d’enseignements en cours de semestre rendaient difficile la création de liens avec d’autres étudiants. En effet, pendant les six premières semaines, ils sont entourés des étudiants avec qui ils ont réalisé la semaine d’intégration, mais durant les six suivantes, les groupes changent complètement et ils perdent de vue leur groupe initial : « Le fait de changer tout le temps de cours, de venir deux fois par semaine, et qu’au bout de trois semaines tu ne vois plus les mêmes gens, c’est dur de s’intégrer. » (E13) « Là, je travaille avec [X], on s'entend très bien, on est ensemble sur [nom d’une UE], mais je sais qu'après on ne va pas forcément garder contact. » (E3)

Cela illustre l’importance fondamentale de la socialisation entre pairs en première année de licence et le rôle central de socialisation initiée par la semaine d’intégration dans cette licence (Beaumatin et al., 2024). Plusieurs étudiants nous ont dit garder contact avec leurs amis de début d’année : « Là mes UE […] je suis toute seule, je suis avec zéro copine. Donc oui, c'est quand même cool de se voir parce que c'est long, donc on se voit là en dehors [des cours]. » (E8)

Au-delà d’avoir du mal à maintenir des liens avec les autres étudiants, certains évoquent également la difficulté de maintenir un lien avec leurs enseignants. Par rapport au lycée, le lien entre étudiants et enseignants peut être plus distant : « [Au lycée] on connaissait les profs, il y avait une relation que, là, je n’ai pas retrouvée. » (E3) Cette difficulté à faire lien se retrouve dans les discours d’étudiants de première année issus d’autres licences6, mais elle peut être accentuée en licence de sociologie en raison de ce rythme organisé en séquences temporelles courtes :

À [ancienne fac], c'était par semestre, on avait un emploi du temps par semestre, ce qui fait qu'on avait plus de liens avec les profs, comme finalement on les voyait pendant à peu près six mois, on avait plus de liens. Alors que là, bon, on voit les profs quelques fois par semaine, pendant trois semaines, on sait qu'on ne va pas forcément les revoir après. (E15)

Pour accompagner ces enseignements par séquences, les évaluations sont également dispensées en fonction de ce découpage temporel.

1.3. Des évaluations tout au long du semestre, qui suivent le séquençage temporel

Dans cette licence, l’ensemble des évaluations n’a pas lieu à la fin du semestre, comme on le trouve historiquement à l’université. Ici, chaque séquence contient son évaluation, que ce soit en contrôle continu ou via un examen terminal :

Pour les évaluations aussi, ça peut être un peu plus simple, parce que finalement on fait la même matière pendant trois semaines, ou les mêmes matières pendant trois semaines, et puis après on en est débarrassé, on fait un contrôle et puis c'est bon. (E15)

Un modèle sans pic de révisions en fin de semestre, qui satisfait les étudiants

Le fait d’avoir des évaluations étalées sur l’ensemble de l’année universitaire est un modèle qui semble satisfaire la majorité de nos enquêtés. En effet, ce modèle permet notamment d’échapper à une semaine complète d’examens en fin de semestre, que la plupart redoute en arrivant à l’université : « Il y a moins de densité à apprendre au dernier moment, donc, ouais, j’adore ! » (E14) « Je pense que ça convient à tout le monde. Du peu que j'ai parlé avec des gens, le fait d'avoir des partiels tout au long de l'année, ça nous permet de mieux réviser. » (E10) Ce résultat avait également été relevé dans une autre de nos enquêtes, centrée spécifiquement sur les dispositifs d’évaluation (Roiné, 2025).

Comme pour le rythme des cours, l’un des avantages que l’on retrouve dans les discours est l’idée de ne pas se « mélanger dans les matières » (E4). Cela entraîne également une organisation différente du travail des étudiants : « D'accord, ça demande beaucoup de travail, mais ça veut dire que c’est trois semaines où on va bosser à fond, sur une seule et unique matière, donc on ne doit se concentrer que sur une seule matière. » (E4) « D'un côté c'est bien, parce que ça permet de ne faire vraiment qu'une seule matière et de ne pas avoir tout en même temps, même pour les partiels. » (E10) Avec ces évaluations réparties sur chaque séquence, les étudiants sont amenés à travailler au fur et à mesure. Cela semble les aider à retenir plus facilement et surtout plus longtemps les notions abordées :

Il n'y a pas ce truc d’à la fin, il y a tout à réviser, c'est lourd. Et je pense qu'on retient mieux avec des petites évaluations de temps en temps […] que de bachoter à la fin et finir par tout oublier au bout de 48 heures. (E13)

Un premier partiel en octobre pour se situer et se réadapter

Ce modèle, où chaque semestre est découpé en trois plages temporelles, amène les étudiants à passer un premier examen terminal dès le mois d’octobre de leur première année de licence. Après trois semaines d’enseignements associés au BCC « Histoire et idées de la sociologie », les étudiants réalisent leur premier partiel, quelques jours après la fin de ces enseignements.

Ce partiel permet aux étudiants de se confronter pour la première fois au format d’examen universitaire et d’identifier rapidement si leur méthodologie de travail est adaptée aux exigences de l’université. Nos enquêtés nous ont confié avoir apprécié ce premier partiel, car il leur a permis de se rendre compte de la quantité de travail nécessaire pour ce type d’examens. Par exemple, suite à une première expérience peu concluante, une étudiante confie avoir repensé son organisation de révision, héritée du lycée :

Je m’y suis prise une semaine à l’avance, je me suis dit : je vais faire comme au lycée, tout va bien. Et non ! Tout n'est pas bien allé, […] je me suis promise de ne plus jamais refaire ça ! Au final j'ai eu 9, il fallait s'y attendre. Mais là on a eu [une autre UE], je m’y suis prise à l'avance, j'ai fait des fiches, à chaque fin de cours j'essayais de relire, de vraiment m'imposer une rigueur et bon, je n’ai pas encore eu la note, mais en tout cas le partiel s'est très bien passé. (E3)

En ce sens, ce premier contrôle terminal remplit en partie les fonctions du contrôle continu, puisqu’il permet aux étudiants d’ajuster leur manière de travailler à la suite de cette première évaluation.

Du côté de l’équipe pédagogique, ce premier partiel permet aussi d’identifier les étudiants en difficultés pour renforcer leur accompagnement : « Et en gros, si tu n'avais pas la moyenne au QCM, on t'envoyait un mail […] parce qu'ils proposaient des cours de soutien, si j'ai bien compris. » (E7)

Malgré ces aspects positifs, plusieurs étudiants ont évoqué les difficultés liées à cet enchaînement très rapide entre période d’enseignements et examens, sans période consacrée exclusivement aux révisions : « Le temps de révision pour le partiel est quand même très restreint. » (E11) « C'était hyper intense, les trois semaines comme ça, le fait de devoir tout enchaîner, on n'a même pas de semaine de révision. » (E5) « Le temps de tout mettre en fiches, dans tous les cas tu ne pourras jamais tout apprendre. Je ne sais pas comment ils ont fait les autres, mais personne n'était réellement prêt à faire ça. » (E8)

Lors des entretiens, les étudiants ont principalement évoqué ces contrôles terminaux, sous forme de partiels, qui clôturent certaines séquences du semestre. En effet, ce format inédit a tendance à marquer les esprits. Pourtant, de nombreuses autres formes d’évaluations se retrouvent dans l’offre de formation de la licence. Au-delà des contrôles terminaux, les UE peuvent être évaluées sous forme de contrôle continu. Par exemple, la plupart des UE à choix de la troisième séquence du semestre (UE de personnalisation, d’ouverture et les enseignements de l’UE Regards sociologiques) proposent une pluralité de modalités d’évaluation.

1.4. Conclusion sur le séquençage temporel

Pour conclure cette première partie, le séquençage temporel que propose la faculté de sociologie permet aux étudiants de mieux se repérer dans l’offre de formation par BCC en se concentrant, au cours de chaque plage temporelle, sur des notions spécifiques à un ou deux BCC seulement. Malgré des difficultés liées aux changements répétés d’emploi du temps, ce modèle est apprécié des étudiants, notamment grâce au rythme des évaluations qui suivent ce découpage et abolissent la traditionnelle semaine de partiels qui clôture historiquement chaque semestre.

Dans ce découpage temporel est prévu une séquence de six semaines par semestre, durant laquelle l’étudiant peut personnaliser son parcours en sélectionnant les cours qu’il souhaite suivre, nous allons maintenant étudier spécifiquement cet aspect de la refonte.

2. Une séquence de 6 semaines par semestre consacrée à des enseignements à choix pour personnaliser le parcours de l’étudiant

Les six dernières semaines du semestre de l’étudiant en licence de sociologie sont consacrées uniquement à des enseignements qu’il a lui-même choisis. Cela regroupe à la fois les UE d’ouverture, les UE de personnalisation et l’UE Regards sociologiques, qui propose des enseignements à choix. En réservant la moitié du temps de formation à des enseignements choisis, l’un des objectifs de la refonte est de permettre aux étudiants de personnaliser leur parcours de formation.

Lors de cette période de six semaines, les étudiants suivent des cours portant sur des thématiques spécifiques de sociologie (sociologie de Pierre Bourdieu, sociologie de la cause animale, etc.) ou sur des enseignements dispensés dans d’autres disciplines (sciences de l’éducation, psychologie, etc.). Durant cette période, les étudiants de L1 sont mélangés avec l’ensemble des étudiants de la licence de sociologie pour l’UE Regards sociologiques et peuvent être entourées d’étudiants d’autres licences dans certaines UE d’ouverture.

2.1. Choisir ses enseignements : un principe qui plaît aux étudiants

Parmi nos enquêtés, aucun ne s’est montré critique face à cette possibilité de choisir ses enseignements. Ils sont plusieurs à être satisfaits de cet élément de la refonte : « C'est bien quand même qu’on ait le choix. » (E6) « C'est ça qui m'a vraiment attirée, c'est le fait que c’est toi qui choisis tes cours. » (E14) Certains se disent particulièrement satisfaits de pouvoir effectuer ces choix au-delà d’enseignements de sociologie fondamentale : « C'est intéressant qu'il y ait des UE qu’ils appellent "ouverture", parce que ça permet vraiment de s'ouvrir à d'autres matières, c'est vraiment l'occasion de s'intéresser à de nouvelles choses. » (E1)

2.2. Des choix à réaliser dès le premier mois à l’université

En arrivant à l’université, les néo-étudiants doivent établir ces choix assez rapidement, car ils vont s’appliquer dès leur premier semestre de licence. Pour les aider à choisir, l’équipe pédagogique met à leur disposition un « Livret des enseignements », qui recense l’ensemble des enseignements de la licence, dont les UE à choix. Dans ce livret, chaque enseignant présente son enseignement en y indiquant les informations qu’il souhaite :

On nous envoie le livret d'enseignements largement avant, ils nous l'ont envoyé dès le début d'année. Donc on regarde, en fonction ils mettent le nom du prof, la description du cours et parfois à la fin il y a des cours qui ont plus de description, ils mettent comment ils sont notés ou ils mettent carrément le plan du cours. (E8)

Les choix se font via la plateforme numérique Apogée (logiciel de gestion des inscriptions administrative et pédagogique à l’université). Les inscriptions aux enseignements ouvrent un jour et une heure précis, communiqués aux étudiants en amont. La plupart des choix se font au début du premier semestre, mais pour certaines UE du second semestre, les inscriptions ouvrent au début de ce dernier. Chaque cours a un nombre de places limité, ce qui peut impacter les vœux initiaux des étudiants :

Et après, on doit choisir nos UE. On en choisit 3 ou 4, je ne sais plus, ça dépend, tu as une liste. Par contre, il faut que tu y sois à l'heure précise, c'est-à-dire que si ça ouvre à 8 heures, il faut que tu y sois même avant, sinon c'est mort parce que tu as tant de places dans chaque cours. (E7)

2.3. Une pluralité de motivations pour réaliser ces choix

Les raisons de sélectionner un cours parmi d’autres sont très diverses chez les étudiants en licence 1 de sociologie. Cela peut être pour des raisons logistiques, stratégiques, pédagogiques, ou encore par affinités relationnelles.

Un choix stratégique pour leur orientation

Certains nous confient avoir fait leurs choix stratégiquement, en fonction d’un projet professionnel qu’ils avaient en entrant à l’université : « Au premier semestre j'avais pris [nom de l’UE] et ça m'a intéressé par rapport au projet de professeur des écoles et aussi d'assistant social. » (E1) « J'avais peur que ce ne soit pas professionnalisant [la licence de sociologie], du coup je m'étais mis en tête de vraiment choisir des matières pour mon projet d'avenir. » (E5)

Un choix didactique

D’autres ont fait des choix par curiosité : « Je l’ai choisi parce que je me suis posé la question de qu’est-ce que ça peut être. […] Je me suis dit, vu que je ne sais pas y répondre, ça veut dire que je ne connais pas, donc c'est parti, je vais tester. » (E4) D’autres encore l’ont fait par intérêt personnel pour des thématiques particulières : « J'ai lu le nom de la matière et je me suis dit, ça pourrait me plaire. » (E11) « Là je me suis fait plaisir et j'ai pris [noms d’UE] pour m'enrichir personnellement. » (E3)

Un choix pédagogique

Les modalités d’évaluations conditionnent aussi la sélection d’UE que font les étudiants :

Si je prends que des trucs qui vont être en partiel sur table, ça va être compliqué de le prendre. (E9)

Certains profs ont parlé de leurs modalités d'évaluation et ça m'a orientée dans mon choix, effectivement. C'est un peu bête de réfléchir comme ça, mais c'est la vérité : je n'aime pas trop les oraux, par exemple, quand le prof marquait qu’un des devoirs ce serait un travail oral, bon... ça me repoussait un peu plus. (E15)

Un choix logistique

Logistiquement, certains ont également privilégié des enseignements en fonction de leur positionnement dans l’emploi du temps7, que ce soit pour se libérer du temps : « J'ai fait en sorte d’avoir mon mardi et mercredi et ça c'est incroyable. » (E10) ; ou encore pour pallier à des contraintes professionnelles : « Vu que je travaille le lundi, le vendredi et le samedi, mes matières sont le mardi et le jeudi, je n'ai cours que le mardi et le jeudi. » (E11)

Un choix par affinités relationnelles

L’aspect social pèse également dans la balance au moment de ces choix d’UE. En effet, certains étudiants privilégient des choix communs avec leurs amis pour sélectionner leurs enseignements : « On a fait le choix de prendre les mêmes cours. En vrai c'est bien ! Il y en a une de nous qui a plus de difficultés pour apprendre et on l'aide. » (E10) « Là avec tous mes potes on prend tous les mêmes UE, donc c’est trop bien. » (E14)

Également, l’enseignant dispensant le cours peut être un critère de choix pour certains, notamment lorsqu’il s’agit d’enseignants ayant participé à la semaine d’intégration. Comme nous l’avons montré dans un précédent rapport (Beaumatin et al., 2024), cette semaine a eu pour effet de désacraliser l’image que les nouveaux étudiants avaient du professeur d’université.

Et après quand j'ai su que c'était cette prof-là, […] elle était dans la semaine d’intégration et c'était la prof toujours joyeuse et du coup quand j'ai su que c'était elle qui animait ce cours-là, j'étais quand même pas mal rassurée. Je me suis dit : bon ce n’est pas un cours où je vais m'ennuyer, ça m'a vachement motivée à faire ce choix aussi. (E4)

Des motivations plurielles, conditionnées par les éléments dont les étudiants disposent

Chez plusieurs étudiants, ces choix sont le résultat de motivations variées : « J'ai fait un peu moitié moitié, parce que j'aime toujours aussi les sciences politiques. Donc je me suis dit je fais moitié pour mon projet professionnel et moitié pour le plaisir. » (E3)

On observe un ensemble d’éléments guidant le choix des étudiants. Une explicitation du sujet ou de la thématique, le créneau horaire concerné, le nom de l’enseignant qui dispense le cours, les modalités d’évaluation et les débouchés professionnels en lien avec l’UE sont des informations qui peuvent déterminer l’intérêt d’un étudiant pour un enseignement. Donner accès à ces éléments (via un syllabus de chaque enseignement, par exemple) peut permettre d’aider et d’accompagner les étudiants dans leurs choix.

2.4. Des appréhensions pour faire ces choix

Face à ces choix rapides, dès leur entrée à l’université, plusieurs étudiants avaient des appréhensions, notamment dû au fait que le fonctionnement de la faculté leur était encore inconnu :

On arrive à la fac, on est des bébés quoi. Certes, j’ai fait une année d'études supérieures [avant la licence de sociologie], mais c'est pas du tout la même chose que la fac. Donc on te dit « il va falloir faire vos inscriptions », déjà tu paniques. Faut les faire où ? C'est sur quel site ? Faut aller où dans l’ENT [Espace Numérique de Travail] ? Ça, déjà, on ne te le dit pas forcément. (E7)

Et après pour le choix des matières, j'étais larguée. […] Ça m'a stressée et en plus le site a buggé pendant une semaine, donc ça a été tout le temps retardé. (E10)

Pour beaucoup, bien choisir est vu comme déterminant pour leur année, leur licence, voire leur futur professionnel, ce qui renforce les appréhensions :

J'ai peur, par exemple, d'arriver en dernière [pour les inscriptions] et de prendre le « reste » et de foirer mon année juste parce que la connexion n’a pas marché. (E7)

C’est le même stress, le cœur qui bat comme si j'allais regarder mes notes du bac, c'est horrible, je suis hyper stressée pour ça. (E7)

Au début de l'année, ils ont bien fait de nous dire que pour choisir des masters, il fallait être un peu intelligent sur le choix des UE parce que si le parcours n'a pas de cohérence, dans l'entrée des masters, c'est un peu plus compliqué d’être accepté. (E14)

2.5. Des choix parfois contraints par des difficultés techniques

Des étudiants partagent quelques difficultés rencontrées au moment de la sélection des enseignements notamment en raison du caractère inédit de cette offre de formation : « Dans tous les cas, à chaque fois, il y a eu des problèmes au moment des inscriptions. » (E8)

La plateforme numérique sur laquelle les choix sont réalisés par les étudiants n’est pas initialement formatée pour répondre aux contraintes de l’offre de formation de la licence de sociologie, comme l’avaient confié en entretien les enseignants au cœur de cette refonte : « Apogée, on ne peut pas modéliser une maquette comme la nôtre comme il faut, parce que c'est trop compliqué » (P2).

De ce fait, quelques dysfonctionnements sont enregistrés, comme par exemple des reports concernant les dates de sélection des enseignements. Cette situation peut être mal vécue par les étudiants, qui réalisaient ces choix pour la première fois : « Tu as peur, tu te dis est-ce qu'il n'y a que moi ou c'est tout le monde ? Donc t'envoies des messages à tes amis pour dire "Vous aussi ça ne marche pas ?" » (E7) « J'ai eu un problème sur l’ENT, parce que ça ne marchait pas, ça s'est déconnecté, c'est chiant ! Et là, j'ai paniqué un peu, parce que dans ma tête c'était tout planifié. » (E12)

Également, des incompatibilités d’emplois du temps ont été identifiées après ces choix, ce qui a entraîné un besoin de changer de cours à suivre a posteriori de la date d’inscription :

Par exemple, j'avais choisi l’UE X et on me l'a retirée parce qu'il y avait une incohérence dans les emplois du temps. C'est ce genre de petit truc où je trouve qu’il pourrait y avoir des améliorations dans les choix, parce qu'on nous propose une UE, on la prend et après on nous dit qu'on ne peut plus la prendre, c'est un peu incohérent. (E14)

J'avais un TD d'anglais et l'enseignement que j'avais choisi était sur mon TD d'anglais. Moi, je n'ai su qu’après mes horaires de TD d'anglais. Du coup, ils nous ont dit « tant pis pour vous, choisissez autre chose ». (E5)

Ces dysfonctionnements montrent que cette nouvelle maquette est encore fragile sur certains aspects, en particulier logistiques. Ils tiennent notamment aux outils informatiques mis en place au niveau de l’université de Bordeaux, sur lesquels l’équipe de sociologie n’a que peu de marge d’action. Consciente de ces difficultés et de l’impact sur ses étudiants, l’équipe pédagogique cherche à améliorer la situation : « C’est vraiment anxiogène pour eux. » (P1) Ces particularités de la licence de sociologie ne se retrouvent dans aucune autre formation de l’université de Bordeaux, confrontant ainsi les équipes administratives à des besoins techniques inédits : « C’est une zone d’ombre ces outils, je pense que la première réaction c’est de dire que c’est impossible avec l’outil et en fait il y a des possibilités, mais simplement qui ne sont pas exploitées, parce qu’il n’y a aucune licence qui en avait besoin. » (P3) Cette expérimentation de la licence de sociologie permet de tester ces outils avec un objectif plus large, qui est de proposer une plus grande flexibilisation des parcours aux étudiants au niveau de l’université : « Ça intéresse quand même le niveau central justement de voir tout ce qui peut être bloquant, pour aller dans le sens d'une plus grande souplesse des cursus étudiants. » (P2)

En conséquence de ces deux difficultés techniques, plusieurs étudiants se sont retrouvés dans des enseignements qu’ils n’avaient pas choisis. Étant donné que les places sont limitées dans chacun des enseignements, certains cours, très demandés, sont rapidement complets : « Quand on voit que cette UE on la voulait depuis le début mais qu'il n'y a plus de place, oui c'est frustrant. » (E14) Toutefois, certains nous ont confié être quand même satisfaits des cours suivis, même si cela n’était pas leur premier choix : « Mais bon, j'ai pris ces autres trucs et j'ai beaucoup aimé au final. » (E12)

Ces UE à choix étant communes à toute la licence, les étudiants n’ayant pas pu assister aux enseignements qu’ils visaient pourront à nouveau tenter de les sélectionner l’année suivante.

On observe ainsi une projection de certains étudiants dans la licence au-delà de cette première année. Cette projection semble conditionner des choix stratégiques, visant à équilibrer la charge de travail, et donc à favoriser leur réussite, au niveau de la licence en général : « J'ai planifié un peu, j'ai pensé aussi à prendre ce qui semblait le moins dense cette année et laisser d'autres trucs plus importants pour l'année prochaine ou en troisième année. » (E12) « Je pars du principe où moins je prends là les choses en distanciel, plus je les aurai en deuxième année ou en troisième année où là les cours ça sera vraiment chaud. » (E4)

En permettant aux étudiants d’organiser leurs choix sur l’ensemble de la licence, cette formation illustre un des objectifs centraux du programme NewDEAL : offrir aux étudiants davantage de flexibilité et de possibilités de personnalisation dans la construction de leur parcours.

2.6. Des modalités spécifiques à ces enseignements au choix : focus sur l’UE Regards sociologiques

Parmi ces cours au choix, l’on retrouve l’UE Regards sociologiques, spécifique à la licence de sociologie. Ici, il ne s’agit pas de sélectionner parmi plusieurs UE (comme c’est le cas pour les UE de personnalisation et d’ouverture), mais bien de sélectionner un enseignement au sein de cette UE obligatoire, tout au long de la licence. Cette UE propose une vingtaine d’enseignements sur différentes thématiques autour de la sociologie (sociologie du travail, sociologie de la santé, sociologie interactionniste, etc.). Cela a d’ailleurs eu pour effet de présenter aux étudiants la pluralité des sujets que peut traiter la sociologie : « Donc là, je me suis rendu compte que la sociologie, ce n’est pas juste une thématique, c'est plein de sous-branches. » (E8)

À chaque semestre de la licence, les étudiants doivent choisir un ou deux des enseignements de cette UE. Chaque enseignement est proposé à l’ensemble de la licence et est dispensé par un unique enseignant. Le fait de proposer une vingtaine de cours différents permet de répartir la promotion en petits groupes et de proposer des cours magistraux (CM) avec un effectif réduit.

Une pluralité de choix permettant des enseignements en groupe restreint

Après avoir assisté à des CM communs avec plus de 200 étudiants en début de semestre, les étudiants découvrent, avec cette UE Regards sociologiques, des CM à effectif restreint, comprenant une trentaine d’étudiants seulement. Cette modalité est très appréciée des étudiants de L1 : « Oui, c'est beaucoup plus agréable que les cours qu'on avait au début, où on était 200 ! » (E3) « Toute la licence [1] dans un amphi je trouve que ce n'est pas possible de se concentrer. Il y en a la moitié qui font une fiesta dans un amphi ! Donc je préfère les UE, c'est plus intime, c'est plus confidentiel, je préfère franchement. » (E14)

Cela permet également une plus grande proximité avec l’enseignant : « Là, je suis avec [nom de l’enseignant de l’UE], on doit être 30 et la prof elle connaît nos prénoms ! Alors ça ! C'est super agréable ! » (E3)

Des cours accessibles à tous les étudiants de la licence : une modalité enrichissante qui crée une entraide entre les promotions

Les enseignements choisis dans cette UE Regards sociologiques ont la particularité d’être communs à l’ensemble des étudiants de la licence. Ainsi, dans ces cours, les étudiants de L1, L2 et L3 travaillent ensemble. Nos enquêtés nous ont partagé être satisfaits de cette modalité d’organisation, le déroulement de ces cours en effectifs réduits aide à créer une entente : « Les gens sont très gentils, c'est facile quand t'es en plus petit groupe d'aller vers eux. » (E3)

Ces cours permettent aux L1 de rencontrer d’autres étudiants de la licence et de se projeter dans ce parcours d’études :

Moi ça me surprend, on les voit dans les cours, ceux qui participent le plus c’est les L2 et les L3, ils connaissent vraiment plein de choses. Je me dis si tout ça ils le connaissent par la licence, ça me plaît encore plus, ça me donne encore plus envie de continuer. (E1)

Malgré quelques appréhensions au départ, liées au fait d’être entourés d’étudiants qui peuvent être plus expérimentés qu’eux, cette mixité des niveaux a bien été vécue par les L1 :

Quand on parlait du cours, il y en a plein qui disaient « Ah oui et Boudon il a parlé de ça » et moi je me disais « Mais c'est qui Boudon ? Qu'est-ce que je fais là ? ». Donc oui, ça c'est bien. Ça fait un peu peur, parce que du coup on a un décalage au niveau des connaissances, mais c'est bien parce qu’on apprend plus, être avec les L3 et les L2 on en apprend toujours plus. (E4)

Cette rencontre avec des étudiants plus expérimentés et les échanges qui en découlent, constituent une source d'apprentissage enrichissante pour ces étudiants de L1 :

Mais quand tu fais des travaux de groupe, moi j'ai fait des travaux de groupe avec des L2 et des L3, c'est vachement enrichissant. Tu vois qu'eux ils ont les connaissances, ils te sortent des termes, t'es là : waouh ! (E8)

En tout cas, je sais que le peu de travaux que j'ai fait avec des L2 et des L3, c'est vrai qu'ils sont très chauds, ils sont à fond dedans, ils comprennent plein de trucs, ils connaissent plein de choses, c'est super intéressant de travailler avec eux. (E1)

Quand moi je serai en L3, je pourrai aider les L1 s'ils ne comprennent pas. Les L2 et L3 ils sont sympas là-dessus. (E4)

Dans ces groupes formés d’étudiants de tous niveaux, une entraide se met en place : les plus expérimentés aident les plus novices, ils se partagent le travail de groupe en s’assurant que chacun soit à l’aise sur ses missions :

J'étais mélangée au premier semestre avec deux étudiants en L2, ils étaient très compréhensifs. Normalement, on a une partie en groupe […] ils ont fait les parties plus lourdes ou plus denses et moi j'ai fait une partie un petit peu plus facile. (E12)

Je me suis retrouvée dans des groupes où les gens étaient supers et donc je me suis fait aider. (E3)

Dans d’autres enseignements, notamment d’ouverture, les étudiants peuvent se retrouver dans des cours avec des étudiants d’autres promotions, d’autres disciplines, mais ils n’ont pas abordé ces éléments lors de nos entretiens.

2.7. Conclusion sur la multitude de cours à choix dans l’offre de formation

La licence de sociologie se démarque des autres formations de l’université de Bordeaux en proposant six semaines de cours à choix à chacun de ses semestres. Cela permet aux étudiants de fortement personnaliser leur parcours, en effectuant des choix selon une pluralité de motivations.

Ces cours à choix proposent des modalités pédagogiques innovantes, notamment le fait de mélanger l’ensemble des étudiants de la licence et ainsi faire travailler ensemble des étudiants avec des niveaux de connaissances différents. Nous pouvons considérer ces groupes d’étudiants de différentes promotions, réunis pour échanger, partager et apprendre les uns des autres, comme des « communautés de pratique », au sens de Wenger et al. (2002).

Les communautés de pratique sont des groupes de personnes qui se rassemblent afin de partager et d'apprendre les uns des autres, face à face ou virtuellement. Ils sont tenus ensemble par un intérêt commun dans un champ de savoir et sont conduits par un désir et un besoin de partager des problèmes, des expériences, des modèles, des outils et les meilleures pratiques. Les membres de la communauté approfondissent leurs connaissances en interagissant sur une base commune et à long terme, ils développent un ensemble de bonnes pratiques. (Wenger et al., 2002)

Ainsi, les étudiants de deuxième et troisième année, déjà ancrés dans la culture universitaire, participent à l’acculturation des néo-étudiants. Au-delà de les aider à se repérer dans cet écosystème nouveau, ils participent à leur intégration dans ce que Millet (2003) appelle la « matrice disciplinaire ». Cela signifie qu’en entrant en licence de sociologie, les étudiants vont s’imprégner progressivement des formes de transmissions, des traditions intellectuelles et des logiques pédagogiques et culturelles propres à leur discipline, la sociologie. En faisant se rencontrer étudiants novices et étudiants experts, la licence de sociologie permet ce partage de pratiques, facilitant ainsi l’affiliation des étudiants entrants au monde universitaire et leur formation disciplinaire (Tourneur, à paraître).

Conclusion

En proposant un rythme de formation atypique organisé en séquences temporelles, la licence de sociologie bouleverse les manières d’enseigner et d’apprendre à l’université. Chaque semestre est structuré en trois séquences organisées en fonction des BCC, la dernière étant exclusivement réservée aux enseignements choisis par l’étudiant. La faculté de sociologie propose ici de repenser le temps universitaire, en le segmentant et en laissant une plus grande liberté aux étudiants dans l’organisation de ce temps. Face à la diversité des profils étudiants d’aujourd’hui, repenser les rythmes d’études et permettre à chacun d’adapter son parcours apparaît comme une nécessité (Andler et al., 2017 ; cité dans Aslett & Roiné, 2025).

Ce modèle est apprécié des étudiants, puisque le séquençage leur permet de ne pas se perdre dans un nombre trop important d’enseignements différents et que les nombreuses UE à choix permettent à chaque étudiant d’adapter son parcours à ses besoins, ses appétences et ses projets futurs. En proposant la même structuration de chaque semestre tout au long de la licence et en organisant une rencontre entre les néo-étudiants et les étudiants des années supérieures, la faculté de sociologie aide les étudiants à se projeter dans la licence, au-delà de cette première année.

Des points d’amélioration sont néanmoins identifiés par les étudiants. Ils mentionnent des difficultés logistiques au niveau des choix d’UE et des emplois du temps. De plus, les variations de charge de travail, de rythme et d’emploi du temps peuvent être mal vécues par nos enquêtés.

Dans cette enquête, nous n’avons rencontré que des étudiants de première année. Ainsi, un élément n’a pas été abordé par nos enquêtés : la progression dans la licence. En proposant des séquences structurées de la même manière à chaque semestre de la licence, cette organisation permet de centrer la validation de la formation sur les BCC et de s’émanciper progressivement d’un référentiel par année. Cet objectif est aujourd’hui fortement freiné par un ensemble de contraintes logistiques, mais cette expérimentation ouvre la perspective d'une progression étudiante individualisée. En structurant la formation en fonction des BCC, l’étudiant pourrait avancer de manière indépendante dans chaque séquence, en fonction des BCC qu’il aurait validés.

Notes

  • 1. Deux autres rapports portant sur la refonte de cette licence ont déjà été publiés dans la revue Études & Pédagogies (Beaumatin et al., 2024 ; Beaumatin & Roiné, 2025).
  • 2. Rivat, M. (2025). Comprendre les ruptures en licence 1 : la formule universitaire comme obstacle à l’affiliation étudiante – Rapport de recherche de l’Open Lab In’Pact. Enquête qualitative auprès des étudiants sortants 2021-2022 de l’université de Bordeaux. Études & Pédagogies. https://doi.org/10.20870/eep.2025.9483
  • 3. Séquence qui regroupe les UE de personnalisation, les UE d’ouverture et l’UE socle Regards sociologiques.
  • 4. Au fil des entretiens, nous nous sommes rendu compte que les étudiants avaient un vocabulaire particulier pour parler de leurs enseignements. Ceux qu’ils désignent comme « UE » sont seulement les UE à choix qu’ils ont dû sélectionner en début d’année ou de semestre (qui sont réunies dans les six dernières semaines du semestre). Les autres enseignements, communs à toute la promotion de L1, ne sont pas considérés comme des « UE » mais comme du « tronc commun » ou des « cours communs » (qui représentent les enseignements des six premières semaines du semestre.) « Il y a du tronc commun et il y a des UE qu’on peut choisir. » (E3) « Après les vacances d'hiver […] on a six semaines de cours où ce n’est pas les UE, c'est vraiment très général. » (E8)
  • 5. Document fourni en interne par l’équipe de sociologie à l’équipe en charge du programme NewDEAL (« Rapport de suivi NewDEAL 2023-2024 »). NewDEAL est un programme porté par l’université de Bordeaux depuis 2018 qui notamment finance des projets de transformation pédagogique, dont la faculté de sociologie a bénéficié pour refondre sa licence.
  • 6. Rivat, M., (à paraître). Comprendre les freins à l’affiliation universitaire en licence 1 : les ruptures dans les conditions de vie – Rapport de recherche de l’Open Lab In’Pact. Enquête qualitative auprès des étudiants sortants 2021-2022 de l’université de Bordeaux. Études & Pédagogies.
  • 7. Pour ces UE à choix, les créneaux horaires des sessions d’enseignements étaient notifiés sur le Livret des enseignements.

Références

  • Aslett, A., & Roiné, C. (2025). Synthèse du rapport de Terra Nova (2017) « Études supérieures : rythmes subis, rythmes choisis ». Note de lecture de l’Open Lab In’Pact. Études & Pédagogies. https://doi.org/10.20870/eep.2025.9429
  • Beaumatin, L., Aslett, A., & Roiné, C. (2024). La semaine d’intégration, un dispositif pour la persévérance en première année de licence ? Rapport de recherche de l’Open Lab In’Pact. Études & Pédagogies. https://doi.org/10.20870/eep.2024.8386
  • Beaumatin, L., & Roiné, C. (2025). La direction des études : un nouveau dispositif d’accompagnement peu connu des étudiants. Rapport de recherche de l’Open Lab In’Pact. Études & Pédagogies. https://doi.org/10.20870/eep.2025.9208
  • Coulon, A. (1997). Le métier d’étudiant. L’entrée dans la vie universitaire. Presses universitaires de France.
  • Millet, M. (2003). Les étudiants et le travail universitaire. Presses universitaires de Lyon.
  • Rivat, M. (2025). Comprendre les ruptures en licence 1 : la formule universitaire comme obstacle à l’affiliation étudiante – Rapport de recherche de l’Open Lab In’Pact. Enquête qualitative auprès des étudiants sortants 2021-2022 de l’université de Bordeaux. Études & Pédagogies. https://doi.org/10.20870/eep.2025.9483
  • Roiné, C. (2025). Que disent les étudiants des dispositifs d’évaluation des acquis d’apprentissage à l’université ? – Rapport de recherche de l’Open Lab In’Pact (Partie 2). Études & Pédagogies. https://doi.org/10.20870/eep.2025.9218
  • Wenger, E., McDermott, R., & Snyder, W. (2002). Cultivating Communities of Practice: A Guide to Managing Knowledge. Harvard Business School Press.
  • Rivat, M. (à paraître). Comprendre les freins à l’affiliation universitaire en licence 1 : les ruptures dans les conditions de vie – Rapport de recherche de l’Open Lab In’Pact. Enquête qualitative auprès des étudiants sortants 2021-2022 de l’université de Bordeaux. Études & Pédagogies.
  • Tourneur, M. (à paraître). Les pratiques d’enseignement à l’université à l’aune des cultures pédagogiques disciplinaires : Approche située de la mise en scène des enseignements au niveau licence. [Thèse de doctorat, Université de Bordeaux].

Résumé

La licence de sociologie de l’université de Bordeaux expérimente un rythme d’enseignement atypique en structurant ses semestres en séquences temporelles. Elle propose un large choix d’enseignements, des cours magistraux en groupe restreint, une pluralité de modalités d’évaluation tout au long de l’année et un mélange de ses différentes promotions pour faire travailler ensemble les étudiants de chaque année de licence.
Ce découpage des enseignements en différentes plages temporelles et le rythme des évaluations satisfait globalement les étudiants de première année de licence, que nous avons rencontrés. Cela leur permet de se concentrer, séquence par séquence, sur des savoirs spécifiques à quelques enseignements. La proposition d’un grand nombre de choix d’enseignements est également appréciée par les étudiants, leur permettant de personnaliser leur parcours en fonction de leurs besoins, de leurs appétences et de leurs projets futurs.
Quelques difficultés ont néanmoins été identifiées : une charge de travail inégale entre les séquences, des difficultés à se projeter sur l’ensemble de l’année et des difficultés à créer des liens sociaux. Par ailleurs, certains problèmes logistiques persistent, les logiciels utilisés n'étant pas initialement conçus pour cette organisation.

Auteurs


Léa Beaumatin

lea.beaumatin@u-bordeaux.fr

Affiliation : Université de Bordeaux

Pays : France

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