Notes et rapports

Comprendre les ruptures en licence 1 : les conditions de vie des étudiants – Rapport de recherche de l’Open Lab In’Pact Enquête qualitative auprès des étudiants sortants 2021-2022 de l’université de Bordeaux

Avec ce troisième article, Manon Rivat de l'Open Lab In'Pact poursuit son investigation sur la compréhension des facteurs prédictifs des ruptures en licence 1, sous l'angle cette fois-ci des conditions de vie des étudiants. À travers les récits d’une vingtaine de sortants, cette enquête dévoile ce que les chiffres ne montrent pas toujours : l’emménagement loin du foyer, la découverte d’un nouvel environnement urbain, la gestion d’un budget serré, la solitude, les allers-retours quotidiens, ou encore la nécessité de travailler pour étudier. Autant de transformations silencieuses qui redessinent les équilibres fragiles des primo-entrants et influencent leur capacité à s’affilier au monde universitaire. Ce rapport plonge au cœur de ces expériences souvent invisibles pour éclairer, de l’intérieur, les chemins qui mènent à la rupture… ou ceux qui auraient pu l’éviter.

Introduction

L'entrée dans l'enseignement supérieur constitue un moment de transitions à la fois scolaire, sociale et personnelle : « qu’il le souhaite ou non, le premier acte qu’accomplit tout étudiant arrivant pour la première fois à l’université est d’opérer une rupture avec son passé immédiat » (Coulon, 1997, p. 38).

Cette période de transition, en plus d’un changement institutionnel et de la découverte d’un nouvel environnement d’étude (Rivat, 2025), peut également entrainer un bouleversement plus global dans les habitudes de vie des entrants : des ruptures peuvent avoir lieu, de manière simultanée ou non, sur les plans géographique, relationnel, économique, dans les manières d’habiter un logement ou encore dans le rythme quotidien. Ces transformations font partie du processus de passage du statut de lycéen à celui d’étudiant et affectent particulièrement le mode de vie des jeunes, qui entrent dans une « phase d’étrangeté » et de « dépaysement », notamment parce qu’ils peuvent se retrouver dépourvus de repères familiers (Coulon, 1997, p. 85).

Comme l’évoque Paivandi (2015), les étudiants connaissent souvent, à l’entrée à l’université, un changement de conditions de vie qui s’accompagne d’une autonomie pouvant être choisie ou imposée. Ce basculement participe à la redéfinition identitaire de l’étudiant. En effet, sortant d’un univers scolaire où « ils sont souvent "surveillés", même en dehors de la classe » (parents, professeurs, encadrement administratif), les étudiants intègrent un système universitaire caractérisé par des liens « lâchés » (Paivandi, 2015, p. 119). De plus, ils quittent « parfois leur famille pour vivre ailleurs », ce qui implique de nouvelles conditions de vie. Ainsi, « en devenant étudiants, ils vivent souvent de nouvelles libertés individuelles et un cadre de vie plus relâché » (p. 119).

Données de contexte et méthodologie d’enquête

Dans une perspective d'amélioration continue de l'accompagnement étudiant, l'université de Bordeaux, via l’Observatoire de la Formation et de la Vie Universitaire (OFVU) du pôle Pilotage et Aide à la Stratégie (PAS), a conduit en 2023 une des enquêtes quantitatives régulières sur les parcours et le devenir de ses étudiants sortants de l’université de Bordeaux. L’« enquête sur le devenir des anciens étudiants inscrits à l’université de Bordeaux en 2021-2022 et non réinscrits en 2022-2023 » vise ainsi à identifier les raisons de la non-réinscription, à distinguer les parcours de poursuite d'études ou d'insertion professionnelle, et à alimenter la question de la « réussite des étudiants » notamment en interrogeant la pertinence des indicateurs ministériels. Cette étude par questionnaire, réalisée entre mars et mai 2023 à destination de tous les étudiants inscrits en 2021-2022 en licence 1 non réinscrits en 2022-2023 à l’université de Bordeaux, compte 1 683 réponses sur 2 511 sortants, soit 67 % de la population interrogée. Ce questionnaire aboutit notamment à l’identification de quatre profils-types de sortants de la licence 1 en 2022. Ainsi, 38 % ont été identifié comme des « néo-bacheliers généraux en réorientation vers un nouveau projet professionnel », 28 % sont des « bonnes élèves en réorientation vers un projet d’études antérieur », 20 % sont « les travailleurs précaires entrant sur le marché du travail », et 14 % représentent « les étudiants précaires, entre réorientation et entrée sur le marché du travail ».

Pour compléter les résultats de cette enquête, l’Open Lab In’Pact de l’université de Bordeaux a été sollicité pour produire une enquête qualitative et intégrer une démarche compréhensive afin d’approfondir les aspects en lien avec la réussite étudiante. Cette enquête qualitative nous a permis d’étudier les mécanismes à l’œuvre au sein de l’université de Bordeaux à travers les récits d’expérience des sortants interrogés et ainsi révéler les ruptures en licence 1 en questionnant les raisons de la sortie pour mettre en exergue les aspects sur lesquels l’université peut agir. Également, à travers cette enquête, nous posons la question de la notion d’échec et de réussite étudiante. En effet, en décembre 2024, l’agence nationale de la recherche (ANR) a partagé des indicateurs communs Nouveaux Cursus Universitaires (NCU), nous nous arrêtons sur celui-ci : « 17.1 Part des inscrits en 1ère année sortant sans diplôme de niveau Bac+1, Bac+2 ou Bac+3, hors étudiants en réorientation dans les formations NCU (en pourcentage) ». En effet, tel qu’il est formulé, cet indicateur caractérise les étudiants sortants comme en échec.

À la fin du questionnaire, 129 étudiants ont donné leur accord pour être recontactés afin de partager leur expérience lors d’un entretien approfondi. Nous avons contacté ces derniers par mail puis par téléphone durant les mois d’avril et mai 2024. Ainsi, nous avons eu la possibilité de réaliser 20 entretiens semi-directifs d’une durée moyenne d’une heure, au cours des mois de mai et juin 2024. Dix-huit ont été réalisés en visioconférence et deux en face-à-face. Une partie des retranscriptions (cinq) a été réalisée en juin 2024. Nous avons repris l’enquête en septembre 2024 en poursuivant les retranscriptions (quinze) et en commençant le codage après anonymisation des enquêtés, pour terminer avec la traduction et l’écriture des rapports depuis février 20251.

Lors de nos entretiens, nous avons interrogé treize femmes et sept hommes. Lors de leur arrivée à l’université en 2021, neuf étaient des néo-bacheliers, un redoublant, trois réorientés, trois en reprise d’études et deux avaient passé une année de remise à niveau pour intégrer la licence 1 souhaitée. Parmi les enquêtés, quatorze ont un bac général, trois ont un bac professionnel et trois un bac technologique. Aussi, trois étudiants ont obtenu le bac sans mention, six avec la mention assez-bien, huit bien, et trois très bien. Les enquêtés sont des étudiants sortant de différentes disciplines de l’université de Bordeaux et de ses antennes. Parmi eux, trois étudiants en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS), cinq étudiants en Droit, trois étudiants en Psychologie, un étudiant en Économie-Gestion, cinq étudiants dans le Portail Sciences et technologies, deux en Sociologie et un en Administration Économique et Sociale (AES). Durant l’année de licence 1 en 2021-2022, onze étaient boursiers, cinq étaient salariés toute l’année et quatre pendant les vacances ou occasionnellement. Enfin, à l’issue de cette année de licence 1, en septembre 2022, quatorze déclarent être toujours en études.

Dans cette étude, nous avons choisi de prendre au sérieux la parole des étudiants sortants, en adoptant ce que Davidson (1984) appelle le « principe de charité ». Ce principe, en philosophie de l’esprit et du langage, consiste à interpréter les propos d’autrui de la manière la plus cohérente et rationnelle possible, en présupposant leur sincérité et leur intelligibilité. Autrement dit, nous considérons les récits livrés par ces étudiants comme des tentatives authentiques de mise en sens de leur expérience universitaire. Cette posture implique de les écouter avec attention, de les croire raisonnables, et de chercher à comprendre les logiques qui sous-tendent leurs trajectoires. Cela ne signifie pas pour autant que nous établissons des relations de causalité directes entre les éléments évoqués par les étudiants et leur éventuelle rupture avec le système universitaire. Par exemple, si certains témoignages mentionnent une absence de projet d’études au moment de l’entrée à l’université, nous n’en concluons pas qu’un projet flou ou inexistant est en soi une cause directe de rupture. De nombreux étudiants sans projet initial parviennent à s’affilier à l’université, à construire progressivement du sens, et à réussir leur parcours. Notre démarche s’inscrit ainsi dans une perspective compréhensive et exploratoire où les récits analysés sont autant de matériaux pour penser l’amélioration des conditions d’accueil, d’affiliation et de persévérance dans le supérieur. Ils n’apportent pas des réponses définitives, mais suggèrent des pistes de vigilance et d’action (Davidson, 1984).

1. Une redéfinition géographique

L’arrivée à l’université peut être accompagnée d’un changement géographique plus ou moins important. Contrairement au primaire et au secondaire, souvent vécus dans la continuité d’un territoire familier, le supérieur implique parfois de déménager, de changer de région ou de découvrir la ville pour ceux issus de zones rurales. Hilda, originaire de Dordogne, avait le choix après son bac de partir faire ses études à Limoges ou Bordeaux, ne pouvant pas rester dans son département d’origine faute d’université qui proposait son choix de filière : « Ça revenait au même […] Limoges ou Bordeaux, […] parce que à [département de la Dordogne], il n'y a pas de licence de biologie. » (Hilda, originaire de Dordogne) Pour certains, l’expérience étudiante est une première confrontation à la métropole, à l’anonymat urbain, aux transports en commun, à un nouveau rythme de vie. Ainsi, Vincent raconte avoir anticipé cette rupture en simulant le trajet qu’il allait devoir effectuer, révélant son appréhension et la nécessité pour lui de se préparer à ce nouveau fonctionnement :

Pour le coup, je me suis préparé le terrain. C'est-à-dire qu'avant même que l'année commence, j'ai fait mon parcours comme si j'allais à la fac. Donc j'ai vraiment testé le train le matin, puis ensuite les transports en commun pour aller jusqu'à Pessac. J'ai fait comme si j'avais une journée de cours. Alors, je n'en avais pas du tout, mais c'était pour voir à quoi m'attendre, puisqu'on passe quand même de ma campagne natale où il n'y a pas grand-chose à une métropole où il y a tram, train, tout ça, bus. Donc il fallait bien que j'affronte cette nouvelle vie. (Vincent, originaire de Dordogne)

En effet, quitter son environnement d’origine et venir étudier en ville peut être vécu comme une épreuve, notamment parce qu’il faut apprendre à habiter la ville et s’y orienter. En effet, comme le soulignent Boyer et al. (2001), « l’arrivée à l’université implique une rencontre avec un nouvel espace urbain dans lequel il faut apprendre à se repérer » (p. 98).

Par ailleurs, lorsque le choix d’orientation le permet, certains étudiants essaient de rester le plus proche possible de leur environnement d’origine. Alexandra a fait ses vœux d’orientation en fonction de la distance entre son lieu d’études et le domicile de ses parents :

Alors Droit, je l'ai fait à Bordeaux. Économie et gestion c'était pareil, je l'ai fait à Bordeaux parce que je voulais rester proche des Landes et facilement atteignable en train. Donc je préférais rester dans le Sud-Ouest, donc soit Bordeaux, soit Toulouse. Et c'est parti sur Bordeaux. (Alexandra, originaire des Landes)

L’éloignement géographique vécu par certains étudiants qui quittent leur département d’origine pour la première fois est un élément qui peut véhiculer du stress et un sentiment de solitude. En effet, loin de l’image idéalisée d’une vie étudiante synonyme de liberté et d’une vie sociale riche, l’entrée dans la vie universitaire est parfois vécue comme un moment d’isolement et de déception. L’attente d’une forme d’émancipation peut se heurter à la réalité d’un quotidien difficile, comme c’est le cas de Maxime, qui s’est senti « vraiment isolé » lors de son arrivée à Bordeaux :

Par rapport à ce que j'en avais entendu, je m’étais dit que c’était une grande ville, c'est une ville étudiante, ça va être super bien. Je vais vivre mon indépendance, etc., en pensant qu’aux bonnes choses, mais pas aux mauvaises. (Maxime, originaire de Dordogne)

La rupture peut être d’autant plus forte pour certains, notamment les étudiants ultramarins. C’est le cas d’Ismaël, venu d’un département d’outre-mer, pour qui l’éloignement géographique semble être vécu de manière particulièrement importante. D’une part, il évoque le fait de ne pouvoir rentrer « que pendant les grandes vacances » en raison de la grande distance et du coût financier :

Ça allait, mais c'est un peu compliqué lorsqu'on voit ses collègues le vendredi soir avec leur valise : « Je vais rentrer voir papa et maman. » Et moi, je ne peux pas, parce que c'est loin, ça coûte cher. (Ismaël, originaire d’outre-mer)

D’autre part, Ismaël témoigne d’un écart culturel et pédagogique. Il évoque un système scolaire ultramarin marqué, selon lui, par des pratiques de notation plus indulgentes et une exigence académique moindre, ce qui peut accentuer le ressenti d’un « fossé » une fois en métropole.

Le monde qui nous sépare en termes de culture et même en termes d'habitudes est assez énorme. Et même en termes de niveau scolaire, c'est un bond énorme entre les Dom-Tom et la France métropolitaine. […] Et je dirais aussi que les professeurs ne nous facilitent pas la tâche, car généralement ils surnotent certaines épreuves. […] Et je trouve que ça, ça joue plutôt en notre défaveur, parce qu'une fois qu'on arrive ici, on remarque que le niveau n’est pas du tout le même. (Ismaël, originaire d’outre-mer)

Par ailleurs, la gestion quotidienne, l’autonomie alimentaire, la solitude peuvent constituer de nouvelles contraintes pour des étudiants souvent peu préparés à ces changements.

2. Les conditions de logements : quitter ou rester dans le domicile familial

Pour des étudiants, l’entrée dans le supérieur peut marquer un tournant dans leurs conditions de logement. En effet, c’est souvent la première fois que certains quittent le domicile parental et expérimentent une forme d’indépendance résidentielle qui impose une série d’ajustements matériels et organisationnels. Pour certains, cette nouvelle autonomie est vécue comme un facteur d’émancipation. Pour d’autres, cette nouvelle situation, additionnée à d’autres ruptures (académique, pédagogique, relationnelle…) peut générer un sentiment de solitude et de désorientation. Habiter seul implique de devoir assumer des tâches quotidiennes jusque-là souvent prises en charge par l’environnement familial, comme gérer un budget, faire les courses, cuisiner ou encore entretenir son logement. Ainsi, lorsque des étudiants emménagent seuls, souvent pour la première fois, le choc du quotidien peut être brutal, comme le souligne Matéo, pour qui ce changement dans les conditions de vie et l’absence de l’aide de ses parents crée au départ un véritable déséquilibre :

Ça a été dur au départ, parce que mes parents m'ont pris un appartement, parce que ce n’est pas à côté non plus, là où habitent mes parents. Et c'est vrai que j'ai eu du mal à m'habituer à la vie tout seul, parce que j'avais mes parents tout le temps avec moi. Je me rappelle que c'était difficile, mais après, je me suis habitué. (Matéo, originaire de Gironde)

Maxime, même s’il était à l’internat pendant ses années de lycée, exprime les difficultés qu’il a ressenties lorsqu’il a dû apprendre à gérer son quotidien dans son logement, sans cadre. Ces difficultés sont notamment accentuées par la solitude, l’éloignement avec ses parents et les changements d’habitudes :

Je n’étais pas bien du tout. Je n’avais pas de potes, j'étais dans un grand appart, mais tout seul, pas de potes, pas de famille. […] Même si j'étais à l'internat, je savais ce que c'était de vivre sans ses parents, mais vivre tout seul, se gérer tout seul. Ce n’est pas la même chose si t'es dans un internat où les gens te tiennent par la main et te disent : « Là faut que t'ailles dormir, là faut que t'ailles manger, on t’a fait à manger, là faut que tu travailles. » Là t'arrives, t'ouvres ta porte et t'es tout seul chez toi. Si tu n’as pas envie de manger, tu ne manges pas. Si t'as envie de manger à 23 heures, tu manges à 23 heures. (Maxime, originaire de Dordogne)

D’autres étudiants témoignent de conditions de logements plus favorables : « J'avais un bon appartement qui était juste à côté de l'université. Vraiment, en termes de conditions matérielles, on peut difficilement faire mieux, quoi. » (Aïcha, originaire de Gironde). Cela peut faciliter leur adaptation, même si cela ne garantit pas pour autant l’adhésion à la vie universitaire. En effet, Élise explique qu’un cadre matériel favorable n’est pas suffisant ; il peut faciliter l’organisation, mais ne pallie pas à l’absence de motivation ou d’engagement universitaire :

J'ai eu de la chance parce que j'ai eu un logement au Crous. […] J'adorais cet endroit. C'était la première fois que j'avais un endroit juste à moi et ça m'a fait vraiment du bien. […] Mon logement était vraiment bien. Franchement, j'avais toutes les conditions réunies pour réussir. Hormis le fait que je n'avais pas envie. (Élise, originaire de Gironde)

À côté de ceux qui vivent seuls, de nombreux étudiants continuent à vivre chez leurs parents en raison de contraintes externes ou par nécessité économique :

J'habitais chez mes parents […] parce que je n’avais vraiment pas les moyens de prendre un appartement sur Bordeaux. Et que je n’avais pas vraiment accès au logement Crous et tout ça. Donc oui, c'était quand même la meilleure solution. J'avais un abonnement de train qui revenait quand même beaucoup moins cher que de prendre un appartement à Bordeaux. (Marie, originaire de Gironde)

Emma, qui est restée vivre chez ses parents, explique sa situation en raison du coût du logement à Bordeaux et souligne l’impossibilité de trouver un logement en raison de la tension immobilière :

Et puis, je faisais les allers-retours [commune de Gironde], Bordeaux tous les jours. C'était aussi compliqué. Je cherchais un appartement en même temps, mais Bordeaux, ça coûte très cher. Et il y a beaucoup, beaucoup de demandes, donc ça ne s’est pas fait. Je n’ai jamais réussi à avoir un appartement. Au début, de mettre en place tout ça, ça a été compliqué. (Emma, originaire de Gironde)

Vincent exprime ses difficultés à trouver et financer un logement. En effet, dans certains cas, la bourse versée (échelon 1, par exemple) ne permet même pas de couvrir un loyer en résidence Crous sans l’aide financière des parents :

J'ai demandé des logements, mais bon, j'ai été pris nulle part. […] Je n’avais pas les moyens […] pour prendre un logement sur place. […] J'étais boursier échelon 1. […] je n'avais pas de revenus autres que cette bourse-là pour mes études. Donc vraiment, c'était insuffisant. Elle était à combien à cette époque-là ? Je crois qu'elle était à 150 [euros] ou quelque chose comme ça. Les premiers logements Crous, ils sont à 140, 149 [euros], je crois. Donc, bon, un euro pour vivre... J'aurais pu avoir peut-être une vingtaine d'euros de la part de ma famille, mais une vingtaine d'euros, rien que le Bordeaux Métropole, là, TBM [Transports Bordeaux Métropole], c'est 20 euros par mois, donc ça laisse un euro pour vivre. Donc, ouais, non, vraiment une situation compliquée. (Vincent, originaire de Dordogne)

Ce maintien au domicile familial peut représenter un confort, mais peut également engendrer des contraintes en matière de temps et de fatigue, liées au transport. En effet, les étudiants qui ne peuvent pas avoir accès à un logement dans la ville se retrouvent à effectuer des trajets plus ou moins importants. Marie avait environ une heure de train pour arriver à Bordeaux : « Je faisais mes allers-retours en train tous les jours. Ça prenait beaucoup de temps. » (Marie, originaire de Gironde). Vincent explique avoir été contraint de faire un arbitrage entre certains cours, notamment lorsqu’il n’avait qu’un cours de programmé pour une journée, et détaille son trajet quotidien pour se rendre à l’université :

Quand j'avais un jour où j'avais juste un cours d'amphi d'1 heure 30 ou même de 2 heures, c'est arrivé quelquefois, ce n’était pas récurrent, mais c'est arrivé, faire 3 heures de transport, puisque je prends 1 heure de train plus 30 minutes de bus, je multiplie par 2 avec le retour, donc dès que j'avais moins de cours que de trajets, je me disais, bon, ça ne vaut peut-être pas le coup d'y aller. Sauf si c'était bien sûr une matière importante. (Vincent, originaire de Dordogne)

Ces situations rendent compte d’inégalités d’accès au logement pour certains étudiants, notamment en lien avec des disparités de ressources économiques et parfois en raison d’une offre locative insuffisante, notamment dans les métropoles étudiantes. De plus, qu’ils vivent seuls ou chez leurs parents, les conditions de logement des étudiants impactent de manière plus ou moins importante leur expérience universitaire, notamment en fonction de leur milieu social d’origine. En effet, « [d]’un côté, vivre chez ses parents permet de garder certains repères (des rituels familiaux, un réseau d’amis), prévenant l’isolement social et les difficultés matérielles (c’est surtout le cas des étudiants issus de familles aisées) ; d’un autre côté, la décohabitation peut être une condition nécessaire de la réussite pour les étudiants issus des milieux éloignés de l’université » (Beaud, 2006 ; cité dans David & Melnik-Olive, 2014, p. 86). Si certains parviennent à trouver un équilibre, d'autres subissent cette situation comme une contrainte supplémentaire, aggravant les difficultés d’intégration académique et sociale. Loin d’être un simple détail logistique, les conditions de logement peuvent impliquer des paramètres majeurs tels que l’accès à une certaine autonomie, la distance physique avec le lieu d’études, la gestion d’un budget ou encore la nécessité pour certains d’avoir un emploi à côté des études.

3. Une rupture de la situation économique : travailler à côté des études

L’arrivée à l’université est souvent synonyme de rupture en ce qui concerne les conditions économiques des étudiants. En effet, ce passage peut impliquer un nouveau rapport à l’argent, notamment parce qu’il faut souvent apprendre à gérer un budget mensuel. Certains étudiants bénéficient de l’aide de leurs parents, d’autres sont boursiers ou encore doivent travailler à côté de leurs études pour payer un loyer ou subvenir à leurs besoins. Lorsque l’on parle de travail rémunéré à côté des études, il parait important de prendre en compte le temps disponible des étudiants. En effet, la question de la temporalité impacte les possibilités d’investissement académique, social et personnel des étudiants.

Certains de nos enquêtés bénéficient de conditions économiques relativement stables grâce à un soutien financier de la part de leur famille, comme Aïcha, qui reconnait les avantages de cette situation :

Je suis super privilégiée parce que mes parents financent en partie mes études, donc je n’avais pas besoin de me préoccuper de payer un loyer ou de travailler, etc. Vraiment, ça facilite infiniment la vie. Là-dessus j’avais vraiment de la chance. (Aïcha, originaire de Gironde)

Également, le fait de ne pas quitter le foyer familial permet de diminuer les charges économiques, comme en témoignent deux étudiantes : « Je vivais chez mes parents, je n’avais rien à payer, je n’avais pas de nourriture, je n’avais pas de facture ou quoi que ce soit. » (Émilie, originaire de Gironde) ; « En soi, le fait que j'habite chez mes parents réduisait quand même beaucoup les frais. » (Marie, originaire de Gironde)

D’autres font état de difficultés à allier les exigences universitaires et la nécessité de subvenir à leurs besoins. La charge temporelle liée à un emploi salarié et celle liée à la charge cognitive et matérielle de la licence 1 peuvent devenir difficile à concilier. Paul, qui travaillait à côté de ses études, nous parle de son rythme hebdomadaire, entre les heures de cours et celles de son emploi étudiant. Il justifie son absence à certains cours par son besoin de se reposer :

J'avais un job étudiant à côté. Je travaillais 18 heures au Auchan à Roustaing, du coup en fait normalement j'ai cours lundi, mardi, mercredi matin, jeudi, vendredi et en plus de ça du coup je travaillais le mercredi après-midi, samedi, dimanche. Du coup ça fait qu'en fait j'avais aucun jour de repos toute la semaine, du coup quand le lundi matin arrive, bah en fait j’avais juste envie de dormir quoi, envie d'avoir un jour de repos. (Paul, originaire de Gironde)

Hilda a commencé un travail rémunéré vers la fin de l’année universitaire pour subvenir à ses besoins. Son témoignage met en lumière le conflit entre la nécessité d’avoir un travail rémunéré pour certains étudiants et l’apprentissage demandé en dehors des temps de cours. En plus du manque de temps, Hilda exprime un sentiment de non-épanouissement et d’incertitude quant à son avenir professionnel :

J'ai travaillé sur les mois d'avril et de mars. […] mon budget pour manger, et pour m'acheter des affaires et tout, c'était dans les 100, 120 euros par mois, je crois. […] Et du coup, j'avais décidé de prendre un job. […] Je faisais du babysitting, et je travaillais le soir après les cours. Souvent c'était de 16 heures jusqu'à 23 heures. […] Ce qui ne me permettait pas de réviser quand je rentrais chez moi sur ces mois-là, ni de revoir mes cours. […] Et le week-end, je rentrais chez moi, chez mes parents à l'époque, et je n'avais pas forcément le temps d'aller voir mes cours, juste pas l'envie. […] Je pense que c'est le fait de ne pas avoir d'argent, […] de ne pas se sentir épanouie, et en plus de ça, de ne pas savoir où on va, ça m'a tout sauf motivée. Ça ne favorise pas un cursus serein. Un cursus où tu ne te poses pas la question et juste tu révises. (Hilda, originaire de Dordogne)

Une autre étudiante en reprise d’études explique s’être inscrite en formation initiale via Parcoursup alors qu’elle aurait dû passer par la formation continue pour pouvoir bénéficier du statut d’étudiante salariée et de ce fait d’un aménagement d’horaire pour suivre les cours. Cette erreur administrative n’a pas pu être corrigée, ce qui a fini par l’empêcher dans sa poursuite d’études :

Je travaillais 28 heures […] quand je me suis inscrite, je leur ai dit […] que j'avais besoin que mes TD soient en dehors de mes heures de travail. Ils me disent qu'il n'y aura aucun problème, on a des cours, on a des TD de 5 à 9 heures, ils me garantissent que ce sera en dehors de mes heures de travail. Au départ, pas de souci. Et puis, dans le cours de l'année, des TD qui se déplacent, qui tombent le vendredi matin quand je suis au travail, je commence à être marquée absente une fois, deux fois. J'ai eu beau leur expliquer que je travaillais, que c'était prévu comme ça, ils n’ont rien voulu savoir et au bout d'un moment, j’étais obligée d'arrêter. Parce qu’au bout de trois fois où tu es marquée absente à un TD, c'est zéro. (Karine, originaire du Lot-et-Garonne)

Certains étudiants, quant à eux, exercent un emploi pour avoir de l’argent de poche supplémentaire ou encore pour économiser. Ce travail rémunéré est exercé la plupart du temps lors des temps de vacances scolaires ou parfois pendant quelques week-ends. Aïcha, qui bénéficiait d’un soutien économique de la part de ses parents, a choisi de compléter ses revenus pour réaliser ses projets futurs et pouvoir s’autonomiser financièrement parlant :

Justement, j'ai économisé pendant cette année, alors du coup, j'avais la chance de pouvoir travailler en mettant de côté. C'est-à-dire que je n’avais pas besoin de travailler pour vivre. Par contre, j'ai juste travaillé pour mettre de côté. Et pour pouvoir partir, c'est-à-dire gagner mon indépendance et me dire qu'au bout d'un an, j'ai constitué assez de ressources pour pouvoir faire ce que je veux sans me dire potentiellement que je suis dépendante. (Aïcha, originaire de Gironde)

Ainsi, la question du temps impacte les possibilités d'engagement dans les études et est susceptible de renforcer les inégalités entre ceux qui peuvent se consacrer exclusivement à leurs études, et ceux qui sont contraints d’articuler plusieurs activités. Pour certains, avoir un emploi salarié à côté des études peut être « une activité d’appoint qui vient compléter d’autres ressources » (Galland & Oberti, 1996, p. 66). Pour d’autres, avoir un job à côté de ses études apparait comme une nécessité.

4. Une rupture dans les liens sociaux et familiaux

Au-delà d’une reconfiguration de l’environnement physique, temporel et budgétaire, l’entrée dans le supérieur peut engendrer une perte de repères dans les relations sociales et familiales des étudiants. « L’entrée à l’université est souvent marquée par une décohabitation avec les parents, la séparation avec les amis du lycée », pouvant ainsi générer de l’isolement (David & Melnik-Olive, 2014, p. 86). Comme le notent Boyer et al. (2001), les jeunes décrivent cette réalité en disant : « Au lycée, tout le monde se connaissait. Ici, personne ne nous connaît et on ne connaît personne » (p. 98). Louisa, originaire de la Haute-Vienne, parle de son passage de sa ville d’origine à sa ville d’études comme un moment difficile à vivre. Même si elle s’attendait « à ce que ce soit un peu difficile », la privation de ses repères, de ses amis, de son petit ami, ainsi que de sa famille, et le fait de se retrouver seule dans un nouvel environnement, a été une véritable épreuve :

Ça a été un peu dur de quitter ma ville, d’habiter toute seule, de quitter mes amis, tout ça. Du coup, comme je l’ai dit, j’étais vraiment bien dans mes années lycée. J’avais un copain aussi, donc je devais vraiment tout quitter d’un coup. […] Je pense que je l’imaginais comme ça, mais pas autant. Je m’étais préparée un peu à ce que ce soit un peu difficile, parce que je savais que ce n’était pas dans mes habitudes et que ce n’était pas dans ma nature d’être aussi seule, de me sentir bien seule. Mais je ne pensais pas que ce serait autant, je crois. (Louisa, originaire du département de la Haute-Vienne)

Elle poursuit et illustre avec son témoignage le manque de proximité familiale. Loin de son entourage, elle décrit une attente hebdomadaire du retour au domicile familial :

Je rentrais tous les week-ends. Il n’y avait pas un seul week-end que je loupais, donc ça va, je savais qu’à la fin de la semaine, j’allais les revoir, mais au tout début, j’avais cinq jours, lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, où j’attendais juste le vendredi. Du coup, ça me paraissait super long. (Louisa, originaire de la Haute-Vienne)

Cette stratégie de retour fréquent au foyer familial s’inscrit dans ce que Galland et Oberti (1996) identifient comme une continuité des attaches au domicile parental. En effet, une majorité d’étudiants, bien que résidant dans une autre ville pour leurs études, retournent passer au moins une nuit chez leurs parents chaque semaine (p. 60). Ce maintien des liens avec des repères familiers peut s’expliquer par un besoin de retrouver des repères stables dans une période ponctuée de bouleversements. Certains étudiants se retrouvent complètement seuls, coupés de leur entourage, et se sentent particulièrement isolés. Maxime, étudiant néo-bachelier originaire de Dordogne, évoque une situation où la solitude dans son appartement, le manque d’amis et l’éloignement familial ont contribué à une forme de repli sur soi :

À Bordeaux, au-delà du fait que les études ne me plaisaient pas, je n’étais pas bien. Je n’étais pas loin d'une petite dépression. Je n’étais pas bien du tout. Je n’avais pas de potes, j'étais dans un grand appart, mais tout seul, pas de potes, pas de famille. (Maxime, originaire de Dordogne)

Je rentrais tous les week-ends, donc je pouvais quand même les voir, mais c'était dur. J'ai toujours été très, très proche de ma famille. […] Mais même encore maintenant, ma mère, je l'ai tous les jours au téléphone. […] J'ai toujours été très proche d'eux, donc au début, c'était hyper dur. (Maxime, originaire de Dordogne)

Certains de nos enquêtés insistent également sur la difficulté à maintenir leurs amitiés du secondaire même lorsqu’ils sont inscrits dans la même filière d’études supérieures. En effet, à l’université, les rythmes sont souvent morcelés avec des emplois du temps éclatés, parfois même au sein d’une même filière. Par exemple, Hilda entre en licence de Sciences et technologies avec sa « meilleure amie ». Pourtant, en raison du grand nombre d’étudiants en licence 1 dans cette discipline, elles sont réparties dans des sous-groupes différents et avec des horaires qui ne coïncident pas toujours :

Ma meilleure amie avait pris la même filière que moi, sauf qu'on n'était pas du tout sur les mêmes horaires, donc on n'avait pas cours ensemble. Du coup, je ne connaissais pas grand monde à part ma sœur qui était déjà en troisième année à ce moment-là, donc elle faisait déjà autre chose. (Hilda, originaire de Dordogne)

Ainsi, la transition vers l’université s’accompagne fréquemment d’une rupture des liens sociaux et familiaux antérieurs. Qu’il s’agisse de l’éclatement du groupe amical du lycée, de l’éloignement géographique avec la famille, ou d’un isolement affectif renforcé par un environnement universitaire impersonnel, ces ruptures relationnelles pèsent lourdement sur l’expérience étudiante. La rupture sociale et familiale ne se limite pas à la seule absence physique des proches : ses effets peuvent fragiliser l’engagement dans les études, notamment si l’isolement ressenti n’est pas contrebalancé par la construction de nouveaux appuis relationnels, comme nous le verrons dans un prochain rapport à paraître.

Conclusion

L’arrivée dans l’enseignement supérieur peut engendrer une pluralité de ruptures. Ces ruptures, qu’elles soient spatiales, relationnelles ou temporelles, ne se manifestent pas de façon uniforme, mais viennent parfois réinterroger les équilibres antérieurs des étudiants.

En effet, la transition vers l’enseignement supérieur s’accompagne de transformations profondes des conditions de vie des étudiants. Entrer à l’université engendre parfois de quitter le cocon familial, découvrir un nouveau territoire, s’installer dans un logement autonome, et apprendre à gérer un quotidien jusque-là souvent encadré. Ces changements marquent un moment charnière dans le passage à l’âge adulte, où « l’acquisition de ce nouveau statut se traduit par la conquête progressive de l’indépendance, de l’autonomie, une émancipation vis-à-vis des parents, une affirmation identitaire » (Galland, 2000 ; Galland, 2008 ; Rayou, 2000 ; Van de Veld, 2008 ; Maunaye, 2013 ; cités dans David & Melnik-Olive, 2014, p. 86). Cependant, « cette redéfinition du statut social » s’inscrit dans un processus d’émancipation progressif et complexe (Galland, 1990 ; cité dans David & Melnik-Olive, 2014, p. 86).

De plus, que ce soit pour pouvoir travailler à côté de leurs études, ou parce qu’ils n’ont pas pu se loger à Bordeaux et habitent donc loin de l’université, nous voyons avec les récits de nos enquêtés que le manque de temps peut impliquer des absences et donc impacter la persévérance des étudiants. Dès lors, comme le rappellent Boyer et al. (2001), l’entrée à l’université engage bien plus qu’un choix académique puisqu’elle transforme l’ensemble du mode de vie des jeunes adultes. Pour nombre d’entre eux, cette période est aussi un moment de flottement, de réajustement identitaire et d’incertitude sociale. Ainsi, il paraît important de prendre en compte les conditions de vie extra-universitaires des étudiants, qui apparaissent comme primordial dans l’expérience des entrants.

Notes

  • 1. Ce travail est le fruit d’un emploi étudiant de deux mois (mai-juin 2024) et d’un contrat d’apprentissage d’un an (septembre 2024-2025) réalisés au sein de l’Open Lab In’Pact dans le cadre d’un master de sociologie à l’université de Bordeaux.

Références

  • Boyer, R., Coridian, C., & Erlich, V. (2001). L’entrée dans la vie étudiante. Socialisation et apprentissages. Revue Française de Pédagogie, 136(1), 97-105. https://doi.org/10.3406/rfp.2001.2829
  • Coulon, A. (1997). Le métier d’étudiant – L’entrée dans la vie universitaire. Presses universitaires de France.
  • David, S., & Melnik-Olive, E. (2014). Le décrochage à l’université, un processus d’ajustement progressif ? Formation emploi, 128(4), 81-100. https://doi.org/10.4000/formationemploi.4321‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬‬
  • Davidson, D. (1984). Inquiries into Truth and Interpretation. Oxford, Clarendon Press.
  • Galland, O., & Oberti, M. (1996). Les étudiants. La Découverte. https://doi.org/10.3917/dec.galla.1996.01
  • Paivandi, S. (2015). Chapitre 4. La transition entre secondaire et supérieur. Dans S. Paivandi, Apprendre à l’université (pp. 97-120). De Boeck Supérieur.
  • Rivat, M. (2025). Comprendre les ruptures en licence 1 : la formule universitaire comme obstacle à l’affiliation étudiante – Rapport de recherche de l’Open Lab In’Pact. Enquête qualitative auprès des étudiants sortants 2021-2022 de l’université de Bordeaux. Études & Pédagogies. https://doi.org/10.20870/eep.2025.9483

Résumé

En s’appuyant sur les récits de 20 étudiants sortants de licence 1 à l’université de Bordeaux en 2021-2022, l’Open Lab In’Pact tente de comprendre les causes de ces ruptures. À travers des entretiens semi-directifs, nous analysons les obstacles à l’affiliation au monde universitaire. Ainsi, ce rapport de recherche s’intéresse à la manière dont les ruptures dans les conditions de vie influencent l’expérience en licence 1. En effet, l'arrivée dans l'enseignement supérieur peut être synonyme d’un bouleversement plus ou moins important dans les conditions de vie des étudiants : cette transition implique souvent de quitter le foyer familial, de découvrir un nouveau lieu de vie, ou encore d'acquérir une autonomie dans le quotidien, constituant ainsi un moment charnière du passage à l'âge adulte. Cette redéfinition du statut social s'inscrit dans un processus d'émancipation complexe et graduel, parfois caractérisé par un flottement identitaire, des réajustements personnels et des contraintes matérielles pouvant compromettre la persévérance académique.

Auteurs


Manon Rivat

Affiliation : Université de Bordeaux

Pays : France

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